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JUBEN 2011 : son spi et le sud de Belle Ile

Message non luPosté: 11 Novembre 2011, 17:42
par cantepat
Voici les tribulations du Juben pour l’été 2011, après un mois de pluie dans le Sud Ouest, il est grand temps pour le Bosco de rejoindre le Capitaine en Bretagne pour profiter du beau temps.
Arrivée le vendredi dans la nuit à « Locliclic » (voir les épisodes précédents), le programme sera établi le samedi dans la journée. Nous en profitons, en attendant de prendre le Juben , pour faire un petit tour dans la rade de Lorient sur la Caravelle de Pierre (pas la matière, le propriétaire). Veste de quart de rigueur, gros grain de pluie, « on est quand même bien sur l’eau ». A moment donné, nous croisons un petit habitable avec deux personnes à bord. Le barreur se plaint de la pluie « Bretonne ». Nous la banane d’une oreille à l’autre lui disons que demain sera meilleur et qu’il faut bien sortir les vestes de quart. A cours d’arguments, il sort : « mais moi, j’arrive du Sud Ouest » ; réponse : « moi aussi » toujours aussi hilare, fin du dialogue.
Ebauche du programme : récupérer deux randonneuses à Bénodet pour les faire dormir au mouillage de Toulven mercredi ou jeudi (fonction de la marée et du programme de marche). Sinon quartier libre pour une semaine, nous affinerons ça demain.
Le dimanche est prévu pour mettre le bateau d’équerre (un peu de laisser aller cette année de la part du Capitaine) et avitaillement, le Capitaine ajoute un objectif : apéro avec Brice et son Muscadet (le bateau, pas le vin) à Lexomil ou Lesconil, du moins, dans le Finistère Sud, lundi soir. Donc départ dans l’après midi pour s’avancer un peu. On s’arrêtera où l’on pourra pour dormir, on ne va pas commencer à naviguer toutes les nuits comme l’an dernier.
La haute technologie est montée à bord, une lampe « solaire » est ajoutée à l’armement, nous serons éclairés la nuit, en navigation comme au mouillage, on n’arrête pas le progrès ! En route, le Capitaine profite que le Bosco soit à la barre pour ranger un peu le navire. Il retrouve un long élastique prévu pour remplacer les tendeurs du pilote automatique. Une nouvelle configuration est testée : l’élastique fixé aux balcons arrières passe sous la barre, quand on a besoin d’un coup de pilote automatique, un tour mort et il n’y a plus qu’à régler pour garder un cap (fonctionne bien au près, mais au portant il ne faut pas laisser Maurice (c’est son petit nom) trop longtemps tout seul à la barre). Au soir, nous arrivons au niveau de la Laïta, la marée n’est pas complètement basse, ça doit passer, mais il faudra remonter le courant, sans compter sur le vent, il est faiblissant, de plus dans le mauvais sens. Séance de slalom kayak au moteur avec : utilisation des contre-courants ; traversées face au courant (bacs, en terme kayakiste). Doucement, on arrive à passer en amont du port pour poser l’ancre. Heureusement, car il y avait un public nombreux sur les berges (fêtes du 15 août). Première soirée sympa à profiter du beau temps. A l’heure de la bière, après le repas, début du feu d’artifice, plein cadre pour nous installés dans le salon arrière du yacht (il assure le Capitaine dans l’organisation des croisières !). Première nuit paisible au mouillage, c’est pas tout, mais demain, on a quelques miles à faire avant de retrouver Brice.
Le Lundi, journée navigation sans particularités à part, sortie du spi dans la pétole et découverte : le Juben remonte très bien au près dans ce type de conditions, à retenir, voire en abuser. Quasi arrivés au but, contact téléphonique, Brice est en retard sur la route (départ d’Ouessant le matin) et ne sera pas là ce soir. Donc, changement de programme (comme d’hab) et si l’on dormait à l’Ile Tudy pour visiter. On arrive plus tôt qu’hier, le courant est moins fort, on peut donc trouver un endroit pour mouiller sans utiliser le moteur. Ce soir, comme d’ailleurs tous les autres, pas de feu d’artifice (le standing baisse). Nous irons demain, à la rencontre du « Pen azel » (tête d’âne en français dans le texte) histoire de faire quelques miles ensemble.
Appareillage mardi, direction Lesconil, pour y attendre Brice et en profiter pour visiter et faire quelques courses. Jusqu’à présent, nous étions passés au large de ces ports, il est toujours sympa de découvrir une ambiance. Par rapport à Bénodet et son côté ville balnéaire style Biarritz, on retrouve une Bretagne plus tournée vers le bateau de travail. A ce titre, ce ne doit pas être aisé de renter dans le port avec un chalutier, vue la largeur du passage entre les moles, même le Juben semblait large. Contact avec Brice, « tête d’âne » c’est arrêté sur une plage à l’ouest de Lesconil pour récupérer du carburant et prendre l’apéro avec des amis. Sur notre carte le nom qu’il nous sort n’est pas écrit, ça ressemble à du patois de chez moi « faïs cagat » ou quelque chose comme ça, en fait Lechiagat. J’étais pas loin, comme quoi, y a pas que les viking à avoir laissé des traces en Bretagne ! Il nous dit que c’est à l’ouest, on reconnaitra bien le bateau. Nous les rejoignons donc. Comme nous devons louvoyer dans un vent plus que faible, le temps de les rejoindre et ils font route à notre rencontre. Nous nous retrouvons à la sortie de la plage, direction les Glénans pour y passer la soirée et la nuit. Navigation sympa à deux bateaux de vitesse équivalente. La route se fait au portant, nous attendons qu’ils aient terminé le repas pour envoyer les spis. Nous serons toujours étonnés de côtoyer de grosses unités faisant la même route que nous au portant au moteur, grand voile haute et bordée, à la même vitesse que nous alors que sous voile, ils iraient deux fois plus vite ???? Allez comprendre, le gas-oil n’est pas encore assez cher sans doute.
La météo annonçant du vent de secteur ouest à nord ouest, le bosco propose d’aller mouiller l’ancre à l’est de l’île du loch, histoire d’être un peu plus seuls tout en restant protégés. La suite ne lui donnera pas raison, le vent passant à l’est dans la nuit, les autres auront grandement apprécié d’être bercé toute la fin de nuit et ne manqueront pas de le remercier le matin venu. Le Pen azel étant un bateau de « jeunes » nous aurons une soirée en musique débutée par un apéro accompagné de maquereaux frais marinés dans du citron, préparation de Brice, un régal. Au matin, nos routes se séparent, eux rentrent sur Lorient, nous partons sur Bénodet récupérer les randonneuses. Pour changer, nous passerons à l’ouest de l’île aux moutons, nous devrions gagner un peu de temps histoire de compléter l’avitaillement, c’est que deux jeunes en plus à table, ça vous vide rapidement une cambuse (pour ne pas dire la cave), surtout celle d’une grosse unité comme le Juben.
Nous profitons de tirant d’eau du Juben pour couper sur des hauts fonds, histoire de gagner du temps et se mettre un peu la pression. Arrivée au ponton visiteurs parmi les petits bateaux de 50 pieds ou plus, sac à dos et un peu de marche pour offrir à ces dames un minimum de prestation, déjà que l’équipage n’est pas en blazer, si en plus y a plus rien à boire. A notre retour, elles sont à bord, Corinne, ma douce connaît déjà « Le » bateau, Martine, une amie, avait il y a quelques années un 33 pieds. Etant polie, elle ne dit rien, mais à son regard, on comprend aisément les questions qu’elle se pose : à 4 dans ce petit bateau (Il est vrai qu’une fois leurs sacs à dos dans la cabine, il ne reste plus beaucoup de place à l’intérieur), partir aux Glénans, on n’est pas arrivés (et oui, une fois de plus le programme change, mais là c’est pas notre faute, c’est une demande des passagères). Donc rangement des vivres et route pêche. Même route qu’à l’aller, seule différence, on respecte le balisage c’est qu’on a des passagères. Le sondeur nous jouant des tours depuis des années, une solution pour le fixer est testée : socle en pâte à modeler. Chacun reçoit sa part à malaxer, un superbe socle est réalisé. Différentes configurations testées et … eurêka ça fonctionne. Comme quoi un peu d’imagination et du matériel « technique » peuvent faire des miracles. Seul bémol, il n’y a plus de pâte à modeler pour occuper les filles !
Ce soir nous irons sur la plage Nord de l’île du Loch, faire une erreur arrive à tout le monde, la répéter serait une « couillonade ». Nous arrivons sur la plage alors qu’une nuée de dériveurs et catas de l’école de voile l’occupent pour un apéro en plein air. Leurs petits bateaux (ben oui, on trouve toujours plus petit que soi) nous font bien envie, notamment : le bon, la brute et le truand, l’an prochain on ferait bien un stage pour s’amuser un peu. Pour garder de la place dans le bateau, une tente sera montée sur la plage. Tout le monde dormira au sec, le bateau étant proche de la plage, il se retrouvera rapidement posé sur le sable. Corinne ne connaissant pas l’archipel, nous lui expliquons la beauté des fonds, la lumière, les couleurs… Le matin, à la sortie de la tente, on ne voyait pas le Juben, pourtant à 50 mètres maxi. Il lui faudra nous croire sur parole. Il est vrai qu’elle a un don, dès qu’elle monte sur un bateau, le soleil se cache et le vent fraichi, elle a un peu perdu côté vent mais pour le ciel elle est encore en forme.
Retour sur l’Odet pour rejoindre le mouillage de Toulven. Changement d’ambiance, après le côté maritime des Glénans, nous voilà en pleine campagne. Le vent mollissant, il nous faut même utiliser la gaffe pour se dégager de la berge, où nous a poussé un tourbillon du courant (certes, on été bien près, pour laisser passer un bateau à passagers dans les virages, mais quand même). Soirée et nuit à 4 dans le bateau, le « matossage » impressionne les filles, vu de loin, ce pauvre Juben ne doit plus ressembler à rien avec tout le matos sur le pont et les bancs du cockpit protégé par des bâches. Au matin, descente au moteur, ça arrive à tout le monde d’avoir des obligations, les filles retrouvent Hélène et Yves à Bénodet pour la suite de leur périple.
Départ à la voile, vent arrière (sous foc seul), face au courant depuis le ponton visiteurs de Sainte Marine. Yves et Hélène étant des voileux, on se doit de leur montrer de la belle manœuvre. On se dégage dans le chenal, grand voile hissée et c’est parti pour « La » navigation de la semaine le but : stêr-vraz sur Belle île. Le compas est sorti (on dirait qu’il a mal aux yeux, depuis le temps qu’il dort au fond de son équipé). Le point est fait sur la carte. Je me dois de vous expliquer la technique : pour estimer la distance : le compas à pointe sèche sera remplacé par le binôme pousse-majeur ; la table à carte par une paire de genoux ; la règle « cras » par un bout de planche et une estimation du cap. Toute cette haute technologie nous donne (si ma mémoire est bonne cap au 130 pour 42 miles). Dès que possible le spi est hissé et sera gardé jusqu’à la nuit, ce doit être le plus grand bord de spi du Juben. Avec l’arrivée de la nuit, le phare des poulains nous permet de rectifier légèrement notre cap. Le vent tombe, la nuit devient vraiment noire, premier quart du Capitaine. A la fin de son quart, quand je me lève, la lune en profite pour faire de même, tant mieux parce qu’entrer dans stêr-vras une nuit sans lune, ça fait beaucoup pour nous. Je me fatigue les yeux pour trouver la cardinale ouest des poulains (elle n’est pas lumineuse). Une fois trouvée, il n’y a plus qu’à se faire tirer (il me semble au 135) sur les lumières visibles sur la côte, ce doit être des bateaux au mouillage. Le côté gauche de stêr-vras étant mal pavé, on serre sur tribord. En passant devant stêr-ouen, on s’arrêterait bien, mais, c’est gavé de monde et on va réveiller tout le monde. Le temps étant calme, on poursuit vers le fond du fjord. L’ancre sur le fond, le bateau rangé, on n’a plus qu’à dormir. Si la météo est fiable, demain, vent de secteur est, nous pourrons visiter la côte « SAUVAGE ».
Il y a des jours, je suis content de payer des impôts, le vent prévu est là, merci météo-france, donc programme : rase cailloux. Nous passerons la journée à caboter le long de la côte sauvage, par vent de terre, le foc auto-vireur nous permettant de naviguer à la voile au milieu des cailloux. Nous regardons la côte et les touristes sur le chemin des douaniers, ils doivent se demander ce que fait un petit bateau avec deux grands bonshommes à trainer dans ces parages, généralement, c’est le pays des bateaux à moteur ; petits caseilleurs ou semi-rigides des plongeurs. Nous casserons la croute à Goulphar avant de continuer notre visite vers l’est. Le but fixé par le Capitaine est Houat. Le vent n’étant pas trop de la partie et la cambuse bien attaquée, il nous faut nous avitailler avant la nuit. L’objectif de navigation est revu à la baisse, on rejoint port Gwenn pour toucher terre et aller faire les courses. Alors que nous demandons la route pour se rendre au commerce le plus proche, nous reconnaissons le « port » de la caravelle (voir : http://www.nauticaltrek.com/12347-les-i ... -caravelle) souvenirs-souvenirs. Il nous faut reprendre la mer et accoster à port kérel, la marche y sera bien plus courte. Drôle d’impression à notre arrivée, la plage est pleine de monde, après quelques jours à vivre un peu comme des sauvages, les cris des enfants jouant dans une eau « chaude » sur une plage où le fond descend très doucement nous rappelle que nous sommes en été sur Belle île. Certaines personnes nous regardent bizarrement, sans agressivité, juste que l’équipage ne doit pas avoir une allure orthodoxe. Le bateau est mouillé, avec un bout à la côte. La marée montant se serait bien de ne pas avoir à nager pour remonter à bord. Quand au fond de la plage, on demande (certes, avec un drôle d’accent) quel chemin il faut prendre pour rejoindre le bourg de Bangor, une demoiselle trouve ce mode de drague étrange et n’ose pas nous répondre. Un homme arrivé promptement en renfort nous éclaire. Juré, nous voulions réellement connaitre notre route, (elle n’avait pas du nous voir arriver par la mer). De retour, sur la plage, un orage approche, nous serons rapidement seuls, le bateau déplacé à la main pour trouver une bonne zone de mouillage, l’équipage en profite pour se baigner sous une pluie chaude, nous serons douchés après le bain, comble du luxe.
Programme de la journée : navigation jusqu’à Houat, casse–croute ; retour à stêr-vraz pour la nuit. Comme d’hab, l’objectif sera modifié. La pétole face au courant, au niveau de la pointe de Kerdonis, nous permet de glander au soleil, de se baigner sous spi… mais pas de rejoindre Houat. Nous terminerons donc au plus court notre tour de belle île. Le retour du vent nous permet de réduire jusqu’au second ris dans la grand voile, pour la première fois de ce séjour, et de passer les poulains avec une vraie ambiance maritime. Notre heure d’arrivée étant moins tardive, nous mouillerons à stêr-ouen. D’autant que du vent est prévu pour la nuit. Nous serons bien abrités derrière quelques grosses unités. Toute la nuit, le calme du mouillage contraste avec le bruit du vent dans les mâts, demain, pour rentrer, on va se faire secouer.
Départ de bonne heure, bateau d’équerre, grand voile seule avec deux ris, vestes de quart de rigueur. Dès la sortie, le foc est hissé car le vent n’est pas si fort, et le bateau marche mieux comme ça. Le retour se fera sur un bord de près jusqu’à la passe ouest de Lorient. Le vent mollissant progressivement, nous jouerons avec la garde robe du Juben jusqu’à terminer par un petit bord « Evinrude » entre Port Louis et le mouillage. Rangement du bateau, le périple 2011 touche à sa fin. Le Bosco retournera bientôt dans le sud-ouest. En attendant 2012, il naviguera sur « nautical-trek ».
Demain, départ dans les Alpes du Sud pour voler, le Capitaine le retrouvera pour quelques bords aériens, mais c’est une autre histoire.

Re: JUBEN 2011 : son spi et le sud de Belle Ile

Message non luPosté: 13 Novembre 2011, 14:19
par pierre chazeau
BONJOUR SUPERBE RECIT QUI DONNE BIEN DES ENVIES .TRES DROLE ET TELLEMENT AGREABLE A LIRE MERCI . PIERRE A BIENTOT TE RELIRE

Re: JUBEN 2011 : son spi et le sud de Belle Ile

Message non luPosté: 13 Novembre 2011, 16:18
par cantepat
Pierre,
heureux que tu apprécies ma prose...
comme les aficionados de Harry Potter, tu devras attendre au moins un an entre deux parutions. En effet, c'est la période de repos entre deux navigations pour le "Bosco".
merci encore pour ton petit mot
bon vent à toi et à tous les adeptes du SF 20
Patrick

Re: JUBEN 2011 : son spi et le sud de Belle Ile

Message non luPosté: 19 Novembre 2011, 09:01
par alamoni
Je viens de lire ce périple: c'est super!
Je connais assez bien la région, je vais quelques fois à Locmiquélic (juste à coté de Port Louis) et, on voit que, même avec un "petit bateau" on peut vraiment se faire plaisir avec le charme de vivre le bateau non pas comme un appartement flottant mais avec un usage plus vrai et plus nature.
Grace à ce récit je revis mes promenades vécues il y a une trentaine d'années avec à l'époque un micro challenger et avec lequel je me suis des amis encore bien présents.
Merci
A +